C’est en 1990 qu’a été inventé en France le concept de politique de la Ville avec la création d’un ministère confié au socialiste Michel Delebarre.

Cette politique perdure encore aujourd’hui, avec son cortège de sigles bizarroïdes, ZUS, CUCS, ZEP, ZFU, ZRU, SRU, NPRU, ANRU, dont la vacuité masque mal le gigantesque gaspillage qui se cache derrière ce programme originellement vertueux :

135 milliards d’euros déversés en 25 ans, soit le coût de quarante porte-avions Charles-de-Gaulle, de 1 400 Airbus A320, de 200 lycées ou encore de 675 hôpitaux de 130 lits.

Tout ça pour quoi ? Un taux de chômage deux fois supérieur à la moyenne, des inégalités qui se creusent année après année, de plus en plus de zones de non-droit et des quartiers prêts à exploser à la moindre étincelle.

Quand on voit les résultats catastrophiques de cette politique, menée par la droite comme par la gauche, on ne peut que la qualifier de gigantesque tonneau des Danaïdes !

Qu’a-t-on constaté ces dernières semaines ?

– Arrestation controversée et (certainement trop) musclée du jeune Théo à Aulnay-sous-Bois qui entraîne des menaces contre les représentants de la République, manifestations, affrontements violents avec la police, voitures brûlées….

– Violences à l’intérieur du lycée Suger à Saint-Denis : jets de pierres, fumigènes, incendies ; c’est la première fois que des faits aussi graves se passent à l’intérieur d’un établissement.

Des faits graves, très graves, mais qui cachent des centaines, des milliers de faits identiques qui se passent en silence dans ces banlieues sur lesquelles tant de moyens ont été concentrés.

La sénatrice socialiste de Marseille, Samia Ghali, qui connait bien la réalité de ces quartiers est claire :

« Je suis pour l’arrêt total de la politique de la ville. Elle n’a servi qu’à faire plaisir à des promoteurs et des constructeurs mais n’a rien changé à la vie des gens. …/…

Ça ne date pas de ce quinquennat, mais on continue d’acheter la paix sociale. Quand il y a une crise, on espère que cela ne va pas péter trop fort et le reste du temps, on laisse les gens se débrouiller entre eux. ». Le Figaro du 18 février 2017

135 milliards pour arriver à un résultat aussi désastreux, voilà de l’argent public qui aurait été bien utile pour d’autres territoires français qui meurent en silence, parce que ceux qui les défendent n’ont l’habitude de casser ou brûler, sous l’œil « bienveillant » des caméras de télévision.

Pendant que les banlieues brûlent, les centre villes des communes de banlieues et des sous-préfectures meurent en silence, parce que le petit commerce écrasé de taxes et de normes est progressivement fermé ou remplacé par des agences immobilières et bancaires (et même ces dernières commencent à disparaitre).

Pendant que les lycées de banlieue brûlent, les services publics disparaissent les uns après les autres, les facteurs sont reconvertis en distributeurs, il faut dans certains endroits faire une heure ou plus de route pour trouver un hôpital avec un service d’urgence.

Pendant que tout l’effort d’un État pourtant financièrement exsangue se concentre sur 1% du territoire français qui accumule tous les maux et les erreurs des dernières décennies, le reste de la France, en dehors de quelques ilots protégés où vivent nos élites, est en train de se désertifier à vitesse accélérée.

Osons le dire : il faut revoir entièrement cette politique, avoir la lucidité d’en tirer tous les bilans, arrêter de subventionner des usines à gaz qui enrichissent les uns sans guérir les maux des autres, il faut s’occuper enfin de la France, celle de nos villes, de nos villages, de nos campagnes, avant qu’il ne soit trop tard.

 

Claude Bodin

Conseiller régional

Secrétaire départemental LR95

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